Une démarche de recherche-action intégrée
Le renouvellement du dispositif REZO s’inscrit dans une démarche de recherche-action ouverte, pilotée par le pôle R&D de Fréquence écoles afin de réussir à créer un dispositif pédagogique capable de dépasser la simple prévention des risques pour développer l’émancipation numérique des adolescents.
Ce travail de recherche-action a été conduit par les équipes de Fréquence écoles, coordonnée par Pauline Reboul, Docteur en Sciences de l’information et de la communication, associée au laboratoire IMSIC.
ÉTAPE 1
Réaliser des états de l’art →
ÉTAPE 2
Consolider les hypothèses→
ÉTAPE 3
Prototyper la ressource →
ÉTAPE 4
Diffuser massivement
- ETAPE 1 - Identifier et caractériser les outils accompagnant la mise en situation pédagogique du vécu numérique des adolescents.
- ÉTAPE 2- Cadrer les enjeux de la ressource grâce à des ateliers menés avec les professionnels et les adolescents
- ÉTAPE 3 - Produire un premier prototype de la ressource
- ÉTAPE 4 - Mobiliser une communauté de professionnels diversifiés.
Dès 2023, dans le cadre d’un travail mené avec la CNIL, nous avons produit des documents de cadrage à partir des différents travaux en sciences humaines en travaillant deux questionnements :
> La prise en compte des enjeux de protection des données personnelles dans les représentations et usages des adolescents. Il s’agissait ici d’identifier les clés qui permettent de rendre visibles les risques abstraits et favoriser l’exercice direct par les jeunes de leurs droits fondamentaux (effacement, opposition). Retrouvez la note de cadrage produite à partir de travaux de recherche.
> Les situations typiques proposées aux adolescents dans le cadre d’activités pédagogiques et les différents outils accompagnant la mise en situation “pédagogique” du vécu numérique des adolescents.
Les différentes sources étudiées :
> Numérique adolescent et vie privée – Une enquête auprès des élèves de collèges et de leurs parents / publiée en février 2025 par le laboratoire de la Cnil, le LINC
> Adoprivacy, sensibiliser les jeunes à la protection de la vie privée sur les plateformes numériques / publiée en 2023 par un collectif de chercheurs et chercheuses mené par Sophie Jehel.
> Quand les adolescents racontent le smartphone / publiée en mai 2024 par le CLEMI, étude conduite par Anne Cordier
> Les rapports 2022, 2023 et 2024 de l’Observatoire des pratiques numériques des adolescents en Normandie (OPNAN)
> Géolocalisation des pairs à l’adolescence et enjeux relationnels : les usages sociaux de la SnapMap / publiée en octobre 2023 par Yann Bruna
> La pédagogie par situation-problème / Meirieu
> Les études de cas, co-produites avec les participants des ateliers Données & Design, sur les concepts clés du RGPD par le LINC, Laboratoire d’Innovation Numérique de la CNIL.
> La gestion de la visibilité des contenus et des données personnelles par les adolescents : quelles dimensions à prendre en compte pour les intervenants ? / publié en 2020 par Yann Bruna
> Les identités numériques des adolescents. Mémoire présenté pour l’obtention du Master MEEF / Inspé de lyon par Camille Piat
Nous avons ensuite travaillé l’articulation de la future ressource avec les besoins des professionnels de l’accompagnement. Pour cela nous avons mené des ateliers pour prendre en compte leurs contextes et expériences d’intervention en éducation au numérique et pour concevoir le contenu et les objectifs pédagogiques des situations.
Deuxièmement, nous avons consulté une quarantaine d’adolescents pour les faire réagir sur les situations issues d’Adoprivacy et de l’ancienne version de REZO de Fréquence écoles. L’objectif était d’identifier la façon dont les adolescents s’appropriaient ces différentes amorces de récits. L’analyse des données collectées a ainsi permis de reformuler ou d’écarter certaines d’entre elles.
Enfin, pour consolider nos observations, nous avons organisé des temps de travail avec un panel de chercheurs engagés dans différents programmes sur les liens entre adolescents et la privacy : Mehdi Arfaoui du LINC, Sophie Jehel du CEMTI et Valentine Favel Kapoian de ELICO.
Pour mieux répondre aux besoins des adolescents, l’approche par situation-problème a été retenue pour créer situations d’apprentissage situées. Cette approche poursuit en effet un double objectif, développer des compétences individuelles d’analyse, de raisonnement et de régulation de ses usages numériques et renforcer une conscience collective des enjeux sociaux, techniques et éthiques liés au numérique. Par ailleurs, pour mieux répondre aux différents contextes d’intervention des professionnels, l’équipe de concepteur a choisi de produire un dispositif composé de ressources modulaires, chaque module correspondant à un objectif pédagogique précis.
Pour confirmer l’intérêt du parti pris de la ressource, nous avons fait le choix d’utiliser le protocole REMIND – une méthode d’enquête qualitative pour comprendre la micro-dynamique de l’expérience d’une personne – et nous avons organisé des focus groups pour mesurer le développement de nouvelles connaissances sur la protection des données personnelles grâce à son utilisation.
Les expérimentations menés auprès des élèves ont ainsi permis de définir les critères de conception d’une situation-problème :
- elle interpelle les élèves en faisant écho à leur vécu et suscite un questionnement authentique
- elle comporte un obstacle cognitif explicite, permettant un raisonnement guidé
- elle conduit à la mobilisation et à la généralisation des connaissances
- elle peut, selon le niveau, admettre plusieurs stratégies ou réponses possibles
- elle aboutit à un savoir transférable (notion, règle, compétence).
Des temps d’observation des séances et des retours d’expérience des intervenants ont permis de re-calibrer le dispositif pour l’ajuster aux réalités du collège. La durée des situations a été réduite pour maintenir l’engagement des élèves. Pour dépasser l’obstacle du vocabulaire technique, nous avons illustré davantage les notions complexes. L’activité de résolution de problèmes a été repensée et simplifiée pour qu’elle soit plus accessible. Par ailleurs, nous avons identifié l’importance de l’implication des enseignants et l’enjeu d’installation dans la salle de classe, pour favoriser l’échange plutôt que le cours magistral
L’année 2025 a permis d’identifier les leviers et contraintes liés à la diffusion territoriale d’une ressource éducative.
Les expérimentations sur 4 territoires différenciés – Département de l’Essonne, Ville de Bourges, Ville de Montpellier et la Métropole de Lyon, ont confirmé l’efficacité d’un maillage multi-acteurs associant médiathèques, Info Jeunes, promeneurs du Net, enseignants et médiateurs sociaux.
Par ailleurs, pour réussir la diffusion de la ressource, il est nécessaire d’accompagner à la fois les structures qui interviennent comme les établissements scolaires.
Enfin, un plan de formation progressif et modulable, combinant ateliers courts, observation et tutorat, soutient l’autonomie des intervenants et finalement leur investissement dans la durée.
Les nouvelles hypothèses pour 2026/2027 :
Le passage à l’échelle suppose désormais de faire de REZO un véritable commun pédagogique durable, soutenu par une communauté d’usagers et de contributeurs actifs.
- Un outillage numérique et des règles de fonctionnement sont nécessaires pour développer une communauté d’usagers mais plus encore pour faciliter les contributions de cette communauté.
- Le soutien à l’émergence d’un réseau d’ambassadeurs ou de tuteurs territoriaux renforce l’accompagnement des acteurs, diversifie les relais et contribue au déploiement de la ressource en mode distribué
- Un nombre important d’utilisations des situations ainsi que les retours de ces utilisateurs permettent d’améliorer l’efficacité de la ressource
- L’usage massif sur les territoires peut créer des conditions d’alliances éducatives favorables à la mise en place de plans locaux d’éducation au numérique à destination des adolescents.
